COMMENT J’EN AI PARLÉ À MES PROCHES

“Donc tu arrêtes d’acheter ?”, “Tu vas installer des poules sur ton balcon ?”, “Mais tu fais comment pour aller aux toilettes maintenant ?”, “Et tu vas encore te laver ou pas ?”, “Ca veut dire que tu vas arrêter de prendre l’avion ?”, “Tu sais, la vache est déjà tuée donc autant la manger”… Voici un bref échantillon de certaines remarques que j’ai pu entendre de la part de mes proches depuis que je me suis lancée dans ma démarche 0 déchet !

Bien que je sois très motivée et alignée avec ma paroles et mes actes, ces commentaires me font toujours quelque chose et me “grattent” un peu. Se lancer dans une démarche 0 déchet, vous le savez peut-être, n’est pas une chose évidente au départ. Cela demande de prendre de recul, d’analyser de près la façon dont on consomme et cela peut nous mettre en face de certains de nos paradoxes, de choses pas belles à voir !

Pour ma part, cette remise en question m’a fait comprendre qu’il m’arrivait de faire des achats impulsifs/compulsifs quand je n’étais pas bien et que j’avais envie de combler une sorte de vide. Cela m’a également permis de repenser certains achats qui n’étaient vraiment pas nécessaire et surtout, qui me faisaient dépenser de l’argent inutilement : les thés et café “on the go” que je prenais à emporter quand je sortais de chez moi (5€ à chaque fois, un déchet en plus à gérer), la bouteille d’eau achetée à la gare/à l’aéroport/à midi, ma belle et grande collection de rouges à lèvres/vernis à ongles/ombres à paupières,…

En décidant de réduire mes déchets, refuser certains achats, réutiliser des produits que j’avais déjà, composter sur mon balcon,… j’ai donc modifié des habitudes ancrées dans mon quotidien. Et je peux vous dire que mon entourage a remarqué le changement ! Je ne vais pas vous mentir, cela me demande de la pédagogie et de la répétition, encore aujourd’hui, d’expliquer ma démarche à mes proches qui me posent souvent des questions. Cela peut s’avérer encore un poil plus compliqué si vous vivez chez vos parents, avec des colloc, avec un partenaire qui ne vous comprennent pas/ne vous soutiennent pas. Mais pas de panique ! Tout est sous contrôle ! Je vous partage les quelques conseils qui m’aident vraiment à avancer dans cette démarche tout en le partageant aux personnes qui m’entourent.

 

MA LIBERTÉ DE PENSER

Je revendique sans cesse ma liberté ; ma liberté de penser, de faire les choix que j’ai envie de faire. Et bien je respecte le fait que ce soit la même chose pour les autres.

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Même si, je l’avoue, j’ai parfois du mal à comprendre que certaines personnes ne fassent pas leur part pour réduire leur impact sur l’environnement, pour améliorer leur santé, je ne peux pas les obliger à changer de mode de vie. En revanche, je peux leur expliquer mon point de vue (comme eux le leur) et le faire avec pédagogie. J’ai surtout remarqué que prendre mon temps, être patiente (ce qui n’est vraiment pas ma qualité principale), répéter les choses avaient un réel impact sur l’intégration des messages.

Un exemple très concret : lorsque j’ai commencé à manger local et bio, arrêter la viande et à la substituer par des graines, noix et légumineuses, je vivais encore chez mes parents. Mes changements alimentaires ont éveillé leur curiosité et ils exprimaient très régulièrement leur crainte que je développe des carences, que mon régime alimentaire soit totalement déséquilibré… Avec le temps, en leur expliquant les propriétés des “nouveaux” aliments que je privilégiais, en leur montrant par l’exemple que cette nouvelle approche pouvait marcher, je leur ai montré que cette façon de vivre était plutôt saine et qu’elle me convenait, à moi. D’ailleurs, ils portent désormais beaucoup plus d’attention à la provenance des produits qu’ils achètent, à leur contenance (ma mère utilise même l’application Yuka pour scanner ces aliments et Inci Beauty pour analyser la composition des cosmétiques).

La pédagogie utilisée pour des programmes de formation, pour des changements de comportements, c’est comme l’arrosage automatique de votre pelouse : votre gazon sera plus beau, plus vert, mieux “nourri” si vous l’arrosez à 3 reprises pendant 20 minutes plutôt qu’1 heure d’affilée. Il aura eu le temps d’absorber l’eau qu vous lui avez donnée. Pour expliquer à vos proches votre nouveau mode de vie, c’est un peu la même chose !

ce8629d1e531b054739e46d312ea5b14Par ailleurs, j’ai également compris que mon entourage ne mettrait peut-être pas autant d’enthousiasme, d’énergie, de passion à faire les mêmes choses que moi. Et c’est tout à fait OK! C’est OK que l’une de mes amies décide de débuter sa démarche par davantage recycler pour ensuite porter attention sur le fait de réduire ses déchets. C’est OK aussi pour mon cousin d’être très attentif sur l’origine et la composition de sa crème de jour (oui, les #HommesModernes portent de la crème) plutôt que sur l’origine de sa nourriture.

Je vous l’avais déjà partagé dans un article précédent : les portes d’entrée pour le 0 déchet et le mieux consommer sont multiples et propres à chacun. Pour certains, cela débutera par la santé de leurs enfants en bannissant les produits chimiques, pour d’autres ce sera leur santé avant tout en adoptant une alimentation plus saine et sans pesticides, et pour d’autres encore cela sera plutôt un enjeu financier que d’acheter des produits de seconde main, moins chers.

 

SI VOUS N’HABITEZ PAS TOUT SEUL

J’y faisais référence en début d’article : il peut parfois être plus compliqué d’entreprendre une démarche 0 déchet lorsqu’on habite avec des personnes qui ne partagent pas notre intérêt sur la question ! Dans votre volonté de mieux faire accepter votre nouveau “lifestyle” à votre entourage, les 3 étapes suivantes peuvent vous être utiles !

1ère étape

Concentrez-vous sur votre espace, “montrez l’exemple” ! Faire de l’ordre dans votre chambre, dans vos affaires qui se trouvent dans les pièces communes est une étape de lancement. En faisant ce “ménage”, vous vous rendrez compte qu’il y a des choses dont vous n’avez plus besoin (à donner à Emmaüs par exemple) et d’autres choses que vous ne souhaitez plus acheter (des cotons, des serviettes en papier,…). C’est de cette manière que vous modifierez également vos habitudes d’achat et que vous ne ferez rentrer chez vous que des objets qui vous sont utiles et que vous utilisez. Je peux vous dire que c’est déjà à partir de cette étape que vos colocataires de logement commenceront à vous poser des questions ! 🙂

2ème étape

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Nous arrivons donc naturellement à la deuxième étape : expliquez pourquoi vous entreprenez cette démarche, quelles bénéfices vous y voyez (en termes de temps, d’économies ou de réduction d’impact sur la planète). Vous pouvez également montrer vos inspirations, conseiller des lectures, des vidéos, des reportages qui vous ont inspirés. Peut-être que vos parents, votre amoureux/se, vos colloc’ ne seront pas très chauds de vous suivre dans votre élan 0 déchet. Ce n’est pas grave. L’objectif étant avant tout de faire passer votre message, votre enthousiasme et énergie ! Par exemple, je me rappelle avoir expliquer l’intérêt économique et environnemental de choisir des emballages en verre à mes précédents colloc’, d’avoir conseiller encore récemment à mes parents de visionner l’épisode de Cash Investigation sur le plastique* (que je vous conseille si vous ne l’avez pas encore regardé). Et bien entendu, une explication que beaucoup de personnes me demandent, je me rappelle expliquer régulièrement les raisons qui m’ont inspirée à devenir végétarienne et les bienfaits que cela apporte sur ma santé !

3ème étape

Après avoir montré l’exemple, expliqué l’intérêt de votre démarche, peut-être que vous aurez motivé votre entourage à vous rejoindre, à leur échelle, dans votre démarche 0 déchet. Et c’est trop bien ! Je suggère ici d’organiser avec eux des défis ! Il existe plein de possibilités ! Vous motiver avec vos colloc’ pour ne plus jeter à la poubelle des emballages recyclables, aller faire des courses dans une épicerie en vrac avec vos parents, laisser un carton près de votre porte d’entrée et motiver votre amoureux/se à y déposer les objets/vêtements dont il/elle ne se sert pas pour donner la boîte à Emmaüs par exemple…

 

LA POSTURE IDÉALE À ADOPTER !

Dernier conseil que je souhaite partager avec vous : les 3 commandements de la posture à adopter lorsqu’on parle à quelqu’un de sa démarche 0 waste !

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  • Déja en premier lieu, ne pas se brusquer et amener les choses avec douceur et bienveillance. Je me mets à la place de la personne que j’ai en face de moi : il n’y a rien qui m’énerve plus que d’avoir quelqu’un qui utilise un discours moralisateur. D’ailleurs, ce type de discours me fait généralement l’effet inverse qui me pousse à être en totale opposition avec la personne en face ! Donc je fais la même chose de l’autre côté : pas de culpabilisation, pas de moral. J’explique simplement mon point de vue!
  • … Ce qui veut également dire que je n’essaye pas de convaincre à tout prix. Ce “commandement” est particulièrement difficile pour moi. Je porte tellement de passion pour le sujet du 0 waste, j’y vois un tel intérêt et enjeu, que j’aimerais convaincre les gens de modifier certains de leurs comportements. Ce n’est juste pas réalisable. Du coup, je prends une grande inspiration…. et j’essaye de m’arrêter avant de “m’emporter”. Je me répète dans ma tête : “les gens ont le droit de ne pas être d’accord avec moi” (même si c’est vrai, je préfère quand ils le sont ! 😉 )
  • Enfin, il est important à mon sens de garder à l’esprit que le mode de vie 0 déchet/0 waste est un mode de vie alternatif. Que des personnes peuvent se sentir sur le défensive, jugées. Que cela peut les pousser à voir leurs propres “dysfonctionnements”, “incohérences” quant à leur mode de vie et consommation. Ce n’est donc pas forcément un sujet qui les met à l’aise. Gardons donc en tête de conserver une ouverture et de la bienveillance quand nous abordons cette thématique et tout se passera bien, promis !

 

UNE OCCASION À NE PAS LOUPER !

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Une occasion que j’aime beaucoup pour faire “passer le message” de mon engagement pour le 0 waste est… l’occasion spéciale ! Un anniversaire, une invitation à dîner, Noël. Lorsque je fais un cadeau, je veux faire plaisir à l’autre. Mais je veux aussi me faire plaisir à moi en même temps. Et je ne suis pas la seule dans ce cas-là. C’est pour ça que l’on offre souvent à l’autre des choses qui nous plaisent et que l’on aurait bien aimé recevoir aussi, au fond. Du coup, dans ma démarche 0 déchet, je n’ai pas voulu didre “je ne veux pas de cadeaux”, “je ne veux rien recevoir”, “je n’ai besoin de rien” et d’empêcher la personne qui m’aime de me faire plaisir. Donc la technique que j’utilise plutôt est celle de dire : 

Tu connais ma démarche 0 déchet. Elle me tient vraiment à coeur et elle est très importante pour moi. J’essaye vraiment de réduire les déchets que je produis et de n’avoir chez moi que des objets que j’utilise au quotidien, pas de superflu. J’ai déjà trèèèès largement ce dont j’ai besoin ! Si tu veux me faire plaisir, offre-moi plutôt (je choisis la fin de mon explication en fonction de la personne avec qui je parle) :

  • Un cadeau que tu m’auras fait de tes petits mimines (de la confiture, un accessoire DIY,…)
  • Un cadeau immatériel (un soin, une conférence, un atelier,…)
  • Un moment privilégié à passer ensemble ! (un spectacle, un super repas, une activité sportive,…)
  • Une participation de X€ pour mon projet/voyage en cours de préparation (si j’en ai un)

Cela prend encore une fois de la pédagogie et de la répétition, parfois plusieurs années pour que les personnes comprennent vraiment votre intention et votre démarche. Et le jeu en vaut la chandelle. Cela amène également de très belles discussions avec votre entourage sur la valeur que l’on apporte à un cadeau, le partage, le fait de faire plaisir aux gens qu’on aime,… Pour ce qui est de Noël, thématique ô combien spéciale et importante, nous aborderons cette thématique à part dans un article début décembre ! 

Si vous souhaitez aller plus loin dans la façon d’amener la discussion de votre démarche 0 déchet auprès de votre entourage, je ne peux que vous conseiller la vidéo de Josée-Anne Sc “Minimalisme et 0 déchet : comment en parler à son entourage”, qui m’a beaucoup aidé cette dernière année et m’a d’ailleurs beaucoup inspirée pour rédiger cet article.

J’espère que ces quelques lignes ont pu vous inspirés. Nous nous retrouvons la semaine prochaine pour une autre thématique de ce challenge 0 déchet : on s’attaquera à la salle de bain !

En attendant, comme toujours, prenez soin de vous et de la Pachamama. Lots of love.

La Pachamama〈♥〉

 


*Pour (re)voir l’épisode de Cash Investigation sur le plastique, c’est ICI